PAYET Jean-Michel, Dans la nuit blanche et rouge,
Les Grandes Personnes, septembre 2012.
Pétrograd, début 1917. Alors que la Russie se bat
sur le front ouest contre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, à l'arrière le
peuple a faim, le peuple gronde. De la révolte populaire à la révolution
organisée il n'y a qu'un pas. La Russie est en train d'écrire une page de son
histoire en entrant dans une sanglante guerre civile. Dans ce monde en
mouvement, Tsvetana Kolipova -jeune comtesse acquise aux idées de changement-
tente de résoudre un mystère familial brusquement mis à jour. Sa quête l'amène
à se fondre dans les différentes strates d'une société russe en plein
éclatement et à réfléchir sur le prix humain de cette révolution, de ce nouveau
monde qui cherche à s'écrire...
*
Quel beau et grand roman où se mêlent la petite et
la grande Histoire! Plus de 500 pages pour plonger avec une foule de
protagonistes dans l'Histoire de la Révolution russe des premiers mouvements de
révolte à l'exécution du tsar et de sa famille. Jean-Michel Payet ne tombe pas
dans le parti pris. Il réussit à soulever les facettes antagonistes de cette
révolution qui de libératrice se mue progressivement en terroriste. Il parvient
à décrire la confusion, le chaos, le doute parfois. Et à l'heure où il faut
choisir son camp, sa couleur (blanche ou rouge), certains de ses personnages
peuvent évoluer.
La narration, brillante, s'articule autour de
plusieurs personnages aux motivations diverses mais animés par une seule et
même quête : retrouver une bien mystérieuse bague au pouvoir suprême.
L'histoire mêlée de ces personnages nous fait voyager de Pétrograd à la Sibérie
occidentale, à travers une Russie pleine de diversité et de nuances qu'elles
soient géographiques ou politiques.
Ce roman c'est enfin un beau portrait d'héroïne, de
femme, qui se révèle dans l'action, dans l'amour, et en totale rupture avec le
monde d'où elle vient. Une personnalité qui choisit elle même d'écrire son
destin.
"Avalant sa
boisson chaude par petites gorgées, Tsvetana se sentait perdue. En une
semaine, tout avait basculé. Ses frères au front, sa mère et sa soeur parties à
Taranelkino. Son engagement dans la Révolution qui avait pris une toute
nouvelle tournure, bien loin de la diffusion de poèmes interdits. Depuis deux
jours, elle se savait plus le jouet des événements qu'une militante active, aux
objectifs arrêtés. Et il y avait Roman, bien sûr. Cet inconnu surgi de nulle
part, qui l'avait d'abord provoquée, irritée, puis charmée. Roman, qu'elle
avait cru perdre une première fois, qu'elle avait préféré rejoindre plutôt que
de fuir avec sa mère. Sans doute était-ce d'ailleurs sa seule certitude, en cette
nuit où la Russie basculait : elle était descendue du train pour lui, pour son
sourire, pour ses lèvres ourlées, pour sa part de mystère aussi, et tant pis si
c'était au milieu d'une révolution, ou plutôt tant mieux, car, dans le monde où
elle avait vécu jusqu'alors, entre les salons dorés et les salles de
répétition, elle le savait, il n'y aurait pas eu de place pour un jeune homme
tel que lui. Pour elle, ces journées avaient le goût étrange et infini de la
liberté".
Dès 13 ans.
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