mardi 18 septembre 2012

Dans la nuit blanche et rouge


PAYET Jean-Michel, Dans la nuit blanche et rouge, Les Grandes Personnes, septembre 2012.


Pétrograd, début 1917. Alors que la Russie se bat sur le front ouest contre l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, à l'arrière le peuple a faim, le peuple gronde. De la révolte populaire à la révolution organisée il n'y a qu'un pas. La Russie est en train d'écrire une page de son histoire en entrant dans une sanglante guerre civile. Dans ce monde en mouvement, Tsvetana Kolipova -jeune comtesse acquise aux idées de changement- tente de résoudre un mystère familial brusquement mis à jour. Sa quête l'amène à se fondre dans les différentes strates d'une société russe en plein éclatement et à réfléchir sur le prix humain de cette révolution, de ce nouveau monde qui cherche à s'écrire...

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Quel beau et grand roman où se mêlent la petite et la grande Histoire! Plus de 500 pages pour plonger avec une foule de protagonistes dans l'Histoire de la Révolution russe des premiers mouvements de révolte à l'exécution du tsar et de sa famille. Jean-Michel Payet ne tombe pas dans le parti pris. Il réussit à soulever les facettes antagonistes de cette révolution qui de libératrice se mue progressivement en terroriste. Il parvient à décrire la confusion, le chaos, le doute parfois. Et à l'heure où il faut choisir son camp, sa couleur (blanche ou rouge), certains de ses personnages peuvent évoluer.

La narration, brillante, s'articule autour de plusieurs personnages aux motivations diverses mais animés par une seule et même quête : retrouver une bien mystérieuse bague au pouvoir suprême. L'histoire mêlée de ces personnages nous fait voyager de Pétrograd à la Sibérie occidentale, à travers une Russie pleine de diversité et de nuances qu'elles soient géographiques ou politiques.

Ce roman c'est enfin un beau portrait d'héroïne, de femme, qui se révèle dans l'action, dans l'amour, et en totale rupture avec le monde d'où elle vient. Une personnalité qui choisit elle même d'écrire son destin.

"Avalant sa  boisson chaude par petites gorgées, Tsvetana se sentait perdue. En une semaine, tout avait basculé. Ses frères au front, sa mère et sa soeur parties à Taranelkino. Son engagement dans la Révolution qui avait pris une toute nouvelle tournure, bien loin de la diffusion de poèmes interdits. Depuis deux jours, elle se savait plus le jouet des événements qu'une militante active, aux objectifs arrêtés. Et il y avait Roman, bien sûr. Cet inconnu surgi de nulle part, qui l'avait d'abord provoquée, irritée, puis charmée. Roman, qu'elle avait cru perdre une première fois, qu'elle avait préféré rejoindre plutôt que de fuir avec sa mère. Sans doute était-ce d'ailleurs sa seule certitude, en cette nuit où la Russie basculait : elle était descendue du train pour lui, pour son sourire, pour ses lèvres ourlées, pour sa part de mystère aussi, et tant pis si c'était au milieu d'une révolution, ou plutôt tant mieux, car, dans le monde où elle avait vécu jusqu'alors, entre les salons dorés et les salles de répétition, elle le savait, il n'y aurait pas eu de place pour un jeune homme tel que lui. Pour elle, ces journées avaient le goût étrange et infini de la liberté".

Dès 13 ans.

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