jeudi 20 septembre 2012

Les trois vies d'antoine anacharsis


COUSSEAU Alex, Les trois vies d'antoine anacharsis, Le Rouergue, septembre 2012.


"Je m'appelle Taan. Ou Antoine. Ou Anacharsis. Peu importe pour l'instant. Je vais naître trois fois. A l'âge de 16 ans, on me tranchera la langue, mais rien ne m'empêchera de raconter mon histoire jusqu'au bout. Rien ni personne. Je vivrai. Je mourrai, et puis je renaîtrai. Je connaîtrai des joies et des humiliations. Je ferai plusieurs tours du monde. Mon histoire commencera au large de Madagascar, sur une petite île nommée Nosy Boraha, ou Sainte-Marie par les Européens. Une île idéalement placée en marge de la route des Indes. C'est là que je partirai, et c'est là qu'à la toute fin je reviendrai".

Taan naît du ventre d'une jeune esclave une nuit de tempête, au large de Madagascar. Après avoir nagé plusieurs mois dans l'océan tel un poisson, il est recueilli par le Docteur Blind sur l'île d'Antuigua, entre la mer des Caraïbes et l'océan Atlantique et prend le prénom Antoine. Avec le docteur Blind, il grandit et apprend tout : à marcher, à parler, à lire, à écrire, à pêcher... Il n'y a qu'une chose que le docteur Blind ne peut apporter à Antoine. C'est la recherche personnelle de son passé, de son histoire. Celle-là même qui pourrait le faire exister vraiment, complètement.

"Ainsi je grandis avec cette idée d'un monde divisé, où tout se déchire. Un monde où la plupart des hommes passent leur vie à tuer la vie. Les années passent, les siècles se succèdent, et c'est toujours la même histoire. J'ai failli être un esclave, j'ai failli être un poisson, je suis un petit homme. Je suis Antoine. J'ai 3 ans, j'ai 5 ans, j'en ai 8. Je suis un petit homme fragmenté qui tente de recoller les morceaux de son propre monde."


Les trois vies d'antoine anacharsis s'ouvre par un récit des origines, un discours in-utérin troublant.

"Même si je suis à l'abri dans ma poche remplie de gargouillis et de battements cardiaques, je devine tous les autres ventres autour de nous. Tous les ventres vides qui gargouillent eux aussi, tous les coeurs qui battent, les bouches qui s'ouvrent en grand pour réclamer de l'air. Moi aussi je me souviens. Je suis vivant, et bientôt je vais naître. Un jour dans plusieurs jours. Plusieurs lunes. Ma mère me l'a dit et répété, un jour je serai libre. Un autre jour, je verrai avec mes yeux toutes les horreurs du monde et tout ce qui est beau. Ce que c'est que d'être un esclave et ce que c'est qu'une tortue. Et je récupérerai le médaillon que le capitaine de ce bateau a volé à ma mère. Et je serai libre. Et je trouverai le trésor. Je le trouverai."

C'est sa quête, son unique but, la seule chose qui le relie à sa famille, à son passé. Une promesse devenue obsession. Pour résoudre l'énigme contenue dans ce médaillon et qui doit le conduire à un trésor caché par son arrière-arrière-arrière grand-père -Olivier Levasseur, dit La Buse, authentique pirate français né en 1680- il va parcourir le monde, se mettre en danger, perdre sa langue et en même temps l'usage de la parole puis frôler la folie...

C'est un médaillon mais ça pourrait très bien être une casserole qu'on traîne derrière soi. Un trésor si compliqué à atteindre, une promesse si difficile à tenir, un héritage trop lourd à porter et qui épuise, qui emprisonne aussi quelque part car bien que né libre, Antoine devient l'esclave des mystères de son passé. Mais cela, il faut bien trois vies pour le comprendre...

Le nouveau roman d'Alex Cousseau a paru hier. Dans la même veine que Je suis le chapeau, il est à son tour éblouissant. C'est un rêve éveillé, c'est un conte nourri de symboles et d'apparitions fabuleuses, c'est une histoire comme on en lit peut souvent. C'est à se demander d'ailleurs où Alex Cousseau puise sa créativité pour nous offrir des romans si singuliers.

Dès 13 ans.

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