Joseph, premier bébé de la famille, est né. A cette belle
occasion, le grand-père du jeune enfant, tailleur de son état, lui offre une
"magnifique couverture cousue de ses mains et qui avait exactement la
taille du lit de l'enfant". Il ne savait peut-être pas encore (ou
peut-être que si justement) le rôle qu'allait tenir ce bout de tissu, bientôt
surnommé le "schmat doudou", dans l'évolution du jeune enfant.
Joseph
est attaché à cette pièce de tissu unique comme à la prunelle de ses yeux. Il
ne la quitte jamais. Du coup, tout naturellement, le tissu s'use, s'abîme, se salit
par endroit et la maman de Joseph tente à plusieurs reprises de s'en
débarrasser. Récupéré à chaque fois in extremis par l'enfant qui file ensuite
chez son grand père, la couverture suit diverses métamorphoses et se rétrécit à
mesure que l'enfant grandit. Aussi, grâce au talent et à l'ingéniosité du
grand-père tailleur, la couverture devient doudou puis veston, puis cravate,
puis mouchoir, puis bouton, puis plus rien! car il n'y a plus de matière. Il
est temps pour Joseph de sortir de l'enfance, d'entrer dans l'âge adulte et de
mettre par écrit ses souvenirs pour nous raconter son histoire, cette histoire
merveilleuse d'un schmat doudou qui aide à grandir.
Pour l'illustration © Joëlle Jolivet. Source
L'enchantement est immédiat. Nous voici plongés en pleine culture juive : dans cette réunion de famille autour du nouveau né, dans cette tradition ancestrale du tailleur de vêtement juif, dans les faciès des personnages, dans les insertions de termes yiddish au coeur du texte.
J'aime beaucoup la figure du grand-père, son rôle dans l'histoire
et la manière dont il est dessiné par Joëlle Jolivet. L'artiste a travaillé
l'illustration de cet album en confrontant deux types de teintes : un camaïeu
d' ocres, de jaunes et de noirs pour le
décor et les personnages et une teinte bleutée pour ce bout de tissu qui
constitue le noyau de l'histoire. Ce jeu visuel, qui fait indéniablement
ressortir le schmat doudou, fait vraiment sens et est incroyablement agréable à l'oeil.
Pour l'illustration © Joëlle Jolivet. Source
Muriel Bloch, quant à elle, nous fait don une nouvelle fois de son grand talent de conteuse. Son
texte est rythmé et structuré à merveille. Il évoque avec justesse le thème de
l'enfance et la difficulté nécessaire
d'en sortir en dégageant de cette histoire juive une tendresse et une émotion universelles. Et pour parfaire le tout, elle relie la fin de son
texte à la tradition du conte qui se transmet.
"Le temps passa. Mais des années plus tard, pour ne rien oublier de cette histoire, il décida de l'écrire sur un cahier.C'est ce cahier que j'ai retrouvé, et voilà comment à mon tour, j'ai pu tout vous raconter!"
On peut difficilement faire texte plus abouti. A noter aussi
que Muriel Bloch parle longuement de ce conte (dans un épilogue à la toute fin de
l'album), de son rapport à ce texte qu'elle aime conter et conter toujours
sans se lasser ; de la manière dont elle a adapté cette histoire trouvée dans
un album américain.
"L'art de la récupération coûte que coûte, célébré dans ce conte, ressemble à mon travail autour des contes, d'où qu'ils viennent, depuis bien des années... "
Quelle bonne idée de la part des éditions Syros d'avoir
glissé ce texte en épilogue de l'album. Quelle bonne idée aussi d'avoir associé
Muriel Bloch et Joëlle Jolivet dans le cadre de cette publication.
Ce conte, je l'aime terriblement. Et parce qu'il est question de tissu aussi, oui!
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D'autre part....-Ce conte fut déjà publié dans le recueil des Contes de Chelm, aujourd'hui épuisé.
-Pour écouter Muriel Bloch nous le raconter, un petit clic : ici.
-Marie nous parle de cette belle collection "Paroles de conteurs" : là.

MERCI MERCI MERCI :-)
RépondreSupprimerJ'adore cet album, alors en + avec le CD et la voix de Muriel Bloch...!
RépondreSupprimerSuper album! On l'aime ici aussi!
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