BLOCH Muriel / WILSON William, Samangalé, Gallimard jeunesse Giboulées, mars 2013.
Muriel Bloch continue de tisser des contes, de tisser des liens, de se nourrir de cette matière tissée qui lui va si bien.
Après l'éblouissant Mette et les cygnes sauvages servi par le talent cousu de Sandra Dufour, elle nous revient avec cet ouvrage en hommage au Wax, ce tissu aux motifs denses et colorés principalement porté en Afrique.
Après l'éblouissant Mette et les cygnes sauvages servi par le talent cousu de Sandra Dufour, elle nous revient avec cet ouvrage en hommage au Wax, ce tissu aux motifs denses et colorés principalement porté en Afrique.
A l'origine de ce livre il y a donc une rencontre. Celle d'une conteuse avec un univers textile et graphique découvert dans un atelier.
"Des pagnes africains de toutes les couleurs, affalés dans des cartons, jetés les uns sur les autres, ou suspendus comme sur un immense lutrin. Des tissus partout, certains jonchant le sol, d'autres étalés sur une table à dessin. C'est un joyeux fatras d'étoffes aux couleurs vives et variées que découvre la conteuse dans l'atelier, un beau jour d'été."
Si je n'ai jamais particulièrement affectionné le Wax, j'aime ce que Muriel Bloch et William Wilson ont réussi à en faire et ce que cette rencontre artistique a fait naître : des "contes tissés et métissés" offerts dans un recueil qui fait parfaitement sens.
Pour l' illustration © William Wilson
Samangalé est un recueil de contes original dans son répertoire et dans sa présentation.
Dans ce recueil on trouve : une grande diversité de typologie (contes animaliers, contes étiologiques, contes merveilleux...), une grande diversité d'origine (on voyage de Madagascar à l'Inde en passant par Haïti, l'Amazonie, l'Afrique de l'ouest, Cuba ou encore La Louisiane) mais une unité graphique (le travail de l'artiste William Wilson), un fil rouge (le tissu / la trame) et un thème sous-jacent (le voyage) autant dans les mots, dans les images, que dans cette matière utilisée (le Wax) qui a elle-même depuis longtemps voyagé entre l'Asie, l'Europe et l'Afrique.
La conteuse mène la danse dans une mise en scène très dynamique. Des transitions sont en effet créées entre chaque conte sous la forme de petites conversations entre des bouts de tissu mécontents d'être collés plutôt que cousus et qui prennent la parole dans l'atelier et la conteuse qui rebondit et tente d'apaiser de ses mots et de ses histoires cette petite troupe agitée.
Une présentation singulière qui permet de rompre la monotonie d'un enchaînement classique de contes, qui apporte de la vitalité à l'ensemble et crée une trame narrative générale dans laquelle les différents contes s'imbriquent naturellement. C'est une manière aussi de rappeler que le conte se lit oralement, qu'il se partage devant une assemblée, qu'il se "donne". Qu'il peut susciter la conversation et le débat, aussi.
Une présentation singulière qui permet de rompre la monotonie d'un enchaînement classique de contes, qui apporte de la vitalité à l'ensemble et crée une trame narrative générale dans laquelle les différents contes s'imbriquent naturellement. C'est une manière aussi de rappeler que le conte se lit oralement, qu'il se partage devant une assemblée, qu'il se "donne". Qu'il peut susciter la conversation et le débat, aussi.
Pour l' illustration © William Wilson
Muriel Bloch est là, généreuse. Elle permet le voyage en donnant à voir par ses mots mais explique aussi -et avec toujours autant de pertinence- son travail au service d'une tradition.
Pour l' illustration © William Wilson
Ce recueil c'est un voyage, inspiré. C'est un spectacle donné.
"Tant de contes ont été perdus, oubliés, mal racontés, enjolivés, trafiqués, ou mal traduits dans une autre langue. La mémoire des hommes est fragile : il arrive qu'elle parte en lambeaux (...)! Quand des pans de récit se sont perdus, je dois retoucher, recoudre! Quand les contes ont été abîmés, je dois les réparer, les rafistoler : c'est mon métier."
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"Tout conteur est un receleur, un pilleur, mais un passeur de mémoire vive (...) J'essaie de rester au plus près de ce que j'ai entendu et de ce que je transmets à mon tour, comme d'autres l'ont fait avant moi et comme d'autres le feront demain. Nous ne faisons que passer, mais les contes ont la vie longue..."Et comme toujours, dans le plus grand respect, elle cite ses sources en annexe.
Pour l' illustration © William Wilson
Il est donc question de tissu, mais point de couture ici. William Wilson travaille par collage sur papier. L'artiste découpe dans le tissu et prélève dans les formes géométriques et souvent abstraites caractéristiques du Wax une matière dépareillée capable de lui permettre de créer des dessins plus ou moins figuratifs.
"Des coupons, des chiffons à foison, mais pas de machine à coudre! Ici, c'est l'artiste (...) qui bataille avec les motifs -la forêt, les fleurs, les fruits, les animaux ailés ou sur pattes, les objets hétéroclites...-, les fantaisies géométriques, zigzags, chaînes, bulles et rayures, toutes ses formes qu'il recompose à l'infini, et nomme vaudouns : des créatures du feu, de l'eau, du foyer ou des forêts, qui font la navette entre les hommes et les dieux, le ciel et la terre".
De ce travail de recomposition hautement créatif naît une mythologie particulièrement évocatrice qui ne pouvait qu'inspirer la conteuse. Et une fois n'est pas coutume des formes naissent les mots.
"D'ordinaire, c'est le conte qui réclame ses images, mais cette fois pourquoi ne pas inverser? Et si les récits venaient au secours des tissus révoltés? se dit la conteuse. Entre texte et textile, il n'y a qu'un fil. Conter et tisser, c'est le même métier".
Pour l' illustration © William Wilson
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Ce recueil c'est un voyage, inspiré. C'est un spectacle donné.
Un ensemble riche et cohérent, tissé de bout en bout, et qui se laisse délicieusement raconter.





Ce billet est plein de richesses...
RépondreSupprimerwahou, cela donne envie ... encore un livre à rajouter sur ma liste...;-)
RépondreSupprimerles illustrations sont "riches ", très belles et attirent de suite le regard...et la technique utilisée me plaît beaucoup...
merci pour ce billet coloré qui réchauffe un printemps trop froid ...
celui que j'adore de MB ? Le schmat doudou...
RépondreSupprimerC'est le "Muriel Bloch - time" par ici ;-)
RépondreSupprimerOooooh.... Qu'il va me plaire ce livre! Merci pour la découverte.
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