mardi 23 octobre 2012

Un printemps à Tchernobyl


LEPAGE Emmanuel, Un printemps à Tchernobyl, Futuropolis, octobre 2012.


"En dessinant ces maisons détruites, je ressens la même fascination romantique que le XIX°siècle a eue pour la peinture de ruines. Mais à Tchernobyl, la culpabilité s'en mêle".
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Emmanuel Lepage nous fait part de son aventure politique et humaine au coeur de la zone de Tchernobyl. De ce séjour en résidence avec d'autres artistes, il est chargé de rapporter des dessins qui illustreront un recueil dont les droits seront reversés à l'association "Enfants de Tchernobyl". Mais ce voyage ne se révèle pas tel qu'il l'imaginait. Il sera plus troublant, plus inattendu, plus beau encore.

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"Venu à Tchernobyl pour me plonger dans le réel, briser cette paroi de verre qui m'isole du monde parfois... Ici pour incarner mon dessin... Lui donner le poids du vécu, de l'expérience... Et rien de tout cela n'existerait? Je vacille. Le réel peut-il ne pas être le réel? Que vois-je vraiment? Je perçois autre chose... et qui m'attire inexorablement".
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Le texte parle du doute, de la peur aussi beaucoup, du rapport à la vie, à la mort dans cette zone dévastée au danger impalpable mais constant. C'est la rencontre aussi avec des existences, les survivants, les "liquidateurs", ceux qui vivent là, avec la peur ou sans.

C'est enfin une réflexion sur la création et le travail de commande. Que montrer? Comment montrer? Comment rendre l'invisible? Ce danger qui s'exprime au rythme des "tic tic" des dosimètres, qui oblige à porter constamment un masque, qui interdit de s'asseoir sur terre mais qui ne se voit pas. C'est dessiner dans l'urgence, parfois la peur au ventre. C'est finalement se laisser surprendre par la réalité des choses. Et l'admettre.


Pour toutes les illustrations © Emmanuel Lepage

Emmanuel Lepage semble au départ faire le choix du noir et blanc pour incarner avec pudeur la tragédie. Mais comme une surprise inattendue, la couleur fait peu à peu et avec grande parcimonie, son entrée. Par petites touches signifiantes tout d'abord (des panneaux "danger" à l'entrée de la zone) puis plus régulièrement et de manière plus dense. La couleur illumine des visages, des sourires, fait revivre un paysage... Comme si la vie, finalement, renaissait de tout. Comme si c'était cette vérité là que l'artiste devait trouver au bout du voyage.

Les différentes techniques plastiques utilisées par l'artiste (encres, pastels, fusain, peinture, mine de plomb...) qui font toujours parfaitement sens, rendent cet ouvrage plus beau encore, plus impressionnant.

Un éblouissement graphique et au-delà une formidable aventure humaine. Une réussite à couper le souffle.

"Aurais-je pu imaginer vivre de tels moments à Tchernobyl, au coeur du désastre dont j'étais venu dessiner l'horreur? J'ai la sensation de vivre pleinement, intensément... Ici et maintenant."

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