lundi 22 octobre 2012

Que nos vies aient l'air d'un film parfait


FIVES Carole, Que nos vies aient l'air d'un film parfait, Le Passage, août 2012.

Années 80. Un couple divorce et une famille vole en éclat. Le père parle, la mère parle, la soeur, surtout. Le petit frère, Tom, se tait et ne dira ce qu'il pense de tout cela que bien plus tard, dans une lettre à la toute fin du texte. Un père qui fait du mieux qu'il peut mais qui ne comprend rien, une mère déséquilibrée qui s'enfonce dans l'égoïsme, une soeur rongée par ce sentiment d'avoir contribué malgré elle à l'explosion de la fratrie. Un petit frère au centre de tout, enjeu fondamental, enfant sacrifié à une mère manipulatrice au bord de la folie. Un frère et une soeur séparés et éloignés chacun à un bout de la France.

*

"Est-ce ma faute si tu n'es plus là, Tom? Est-ce ma faute s'il y a la France entière entre nous? Le père ne connaît pas mon rôle dans l'affaire, ne se doute pas, le père croit ce qu'il voit. Devant la cage vide et les boîtes de maquettes à moitié défaites, j'apprends ma culpabilité. Personne de t'a protégé petit frère, et personne ne m'a protégée de moi-même. J'avais douze ans et je les aurai toute ma vie. Dans les familles, les drames se jouent mais ne se disent pas. A chacun des protagonistes de rejouer sa propre bande-annonce. Qui tourne en boucle. Ce film que je rejoue depuis des années, depuis mes douze ans, Tom. Impossible d'enclencher le suivant. Je suis restée coincée dans cette chambre petit frère, et toute ma vie sera ce jour de juillet où j'ai bradé notre enfance. Pourquoi ai-je si facilement lâché ta main cet été-là? La grand-mère était pourtant là, elle aussi. Elle ne comprenait pas tout".

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De ce roman polyphonique qui fait alterner les points de vue, je retiens surtout les propos de la soeur, son amour pour son frère, son sentiment de culpabilité bouleversant, cette douleur tenace qui la détruit malgré le temps qui passe. La distance terrifiante aussi dans sa manière de parler de son père, de sa mère, de sa grand-mère, signe d'une grande violence psychologique dont elle a été victime. Je retrouve l'écriture franche et sans concession de Carole Fives. J'aime ses non-dits et cette absence de regard extérieur qui laisse le lecteur entièrement juge de la situation.

Ce texte, forcément, j'aurais envie de l'offrir à mon frère comme signe de mon attachement, en souvenir aussi de notre histoire personnelle. 

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