FIVES Carole, Que nos vies aient l'air d'un film parfait, Le
Passage, août 2012.
Années 80. Un couple divorce et une famille vole en éclat.
Le père parle, la mère parle, la soeur, surtout. Le petit frère, Tom, se tait
et ne dira ce qu'il pense de tout cela que bien plus tard, dans une lettre à la
toute fin du texte. Un père qui fait du mieux qu'il peut mais qui ne comprend
rien, une mère déséquilibrée qui s'enfonce dans l'égoïsme, une soeur rongée par
ce sentiment d'avoir contribué malgré elle à l'explosion de la fratrie. Un
petit frère au centre de tout, enjeu fondamental, enfant sacrifié à une mère
manipulatrice au bord de la folie. Un frère et une soeur séparés et éloignés
chacun à un bout de la France.
*
"Est-ce ma faute si tu n'es plus là, Tom? Est-ce ma
faute s'il y a la France entière entre nous? Le père ne connaît pas mon rôle
dans l'affaire, ne se doute pas, le père croit ce qu'il voit. Devant la cage
vide et les boîtes de maquettes à moitié défaites, j'apprends ma culpabilité.
Personne de t'a protégé petit frère, et personne ne m'a protégée de moi-même.
J'avais douze ans et je les aurai toute ma vie. Dans les familles, les drames
se jouent mais ne se disent pas. A chacun des protagonistes de rejouer sa
propre bande-annonce. Qui tourne en boucle. Ce film que je rejoue depuis des
années, depuis mes douze ans, Tom. Impossible d'enclencher le suivant. Je suis
restée coincée dans cette chambre petit frère, et toute ma vie sera ce jour de
juillet où j'ai bradé notre enfance. Pourquoi ai-je si facilement lâché ta main
cet été-là? La grand-mère était pourtant là, elle aussi. Elle ne comprenait pas
tout".
*
De ce roman polyphonique qui fait alterner les points de
vue, je retiens surtout les propos de la soeur, son amour pour son frère, son
sentiment de culpabilité bouleversant, cette douleur tenace qui la détruit
malgré le temps qui passe. La distance terrifiante aussi dans sa manière de
parler de son père, de sa mère, de sa grand-mère, signe d'une grande violence
psychologique dont elle a été victime. Je retrouve l'écriture franche et sans
concession de Carole Fives. J'aime ses non-dits et cette absence de regard
extérieur qui laisse le lecteur entièrement juge de la situation.
Ce texte, forcément, j'aurais envie de l'offrir à mon frère
comme signe de mon attachement, en souvenir aussi de notre histoire
personnelle.

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