Sibylline / Natacha Sicaud, Sous l'entonnoir,
Delcourt Mirages, octobre 2011.
Dix ans après le suicide de sa mère, Aline, 17 ans,
décide de mettre fin à ses jours. Une tentative de suicide ratée qui la conduit
à l'hôpital Bichat puis à l'hôpital psychiatrique Saint-Anne. Commence alors
pour elle une hospitalisation de plusieurs semaines dans un univers
déséquilibrant dont elle cherche à tout prix à sortir.
Quinze ans après les faits, Sibylline -l'auteure-
raconte par le personnage d'Aline sa propre expérience : le pyjama bleu,
l'étouffement, l'ennui, les médicaments tellement puissants qu'ils défigurent,
les hurlements, tous ces gens désorientés autour d'elle... Et au-delà, la
conscience d'une jeune fille qui depuis le décès de sa mère a grandi dans un
silence familial trop lourd mais qui veut sortir de cet enfer, retrouver sa
liberté et VIVRE, sans aucun doute, pour devenir malgré tout "une ébauche de
femme sans référence".
Un peu moins sensible au dessin qu'au texte, je
trouve qu'il y a un beau talent d'écriture dans cette bande dessinée, la force
intime du témoignage sans l'apitoiement et une empathie envers celui qui va
plus mal encore.
"Je ne connais pas les règles d'ici. Je ne
connais pas les questions qu'il ne faut pas poser. Le vocabulaire est
incompréhensible, on planque les trucs graves dans des abréviations à la con.
Même la nuit ne rapproche pas les gens.
Même les silences hurlent."
Au fil des pages, le lecteur pénètre un univers clos
et froid, fréquente une humanité en souffrance souvent hors du réel, se fait
spectateur d'une thérapie vécue comme une régression. L'expérience de lecture
met en émoi, forcément, mais cette bande dessinée c'est comme une nécessité
tant pour l'auteur que pour le lecteur.
"Je n'ai pas écrit tout ça pour réparer quoi
que ce soit, peut-être que simplement, plus on raconte les histoires, plus
elles deviennent des histoires, des épisodes appris par coeur, qui ne feront
plus jamais mal".

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