DELACOURT Grégoire, La liste de mes envies, Lattès, février
2012.
"Je regarde mon
corps, mes yeux noirs, mes seins petits, ma bouée de chair, ma forêt de poils
sombres et je me trouve belle et je vous jure qu'à cet instant, je suis belle,
très belle même.
Cette beauté me rend
profondément heureuse. Terriblement forte.
Elle me fait oublier
les choses vilaines. La mercerie un peu ennuyeuse. Les parlottes et le loto de
Danièle et Françoise - les jumelles qui tiennent le salon Coiff'Esthétique
voisin de la mercerie. Elle me fait oublier les choses immobiles, cette beauté.
Comme une vie sans histoires. Comme cette ville épouvantable, sans aéroport ;
cette ville grise d'où l'on ne peut pas s'enfuir et où personne n'arrive
jamais, aucun voleur de coeur, aucun chevalier blanc sur un cheval blanc.
Arras. 42000
habitants, 4 hypermarchés, 11 supermarchés, 4 fast-foods, quelques rues
médiévales, une plaque rue du Miroir-de-Venise qui indique aux passants et aux
oublieux qu'ici est né Eugène-François Vidocq le 24 juillet 1775. Et puis ma
mercerie".
Dans cette ville enclavée où il ne se passe pas grand chose,
où la vie rime avec routine, où chacun rêve de gagner au loto, Jocelyne s'est
construit un bonheur simple. Cette vie, ce n'est peut-être pas celle dont elle
est aurait rêvé mais c'est celle qui s'est imposée à elle et dans laquelle elle
s'est donnée, intensément. Un gain exceptionnel à la loterie nationale pourrait
tout changer. Peut-être. Mais Jocelyne est une femme lucide qui brille aux yeux
du lecteur par sa simplicité et son intelligence mélangées. C'est un personnage
de roman exceptionnel qui porte cette histoire d'une très belle humanité.
Un bonheur de lecture vif et un roman "humble",
comme le résume si bien Charlotte.

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