lundi 3 octobre 2011

La tortue

José de Almada Negreiros / Irène Bonacina, La Tortue, éditions Chandeigne, septembre 2011.


"Il était une fois un homme absolument maître de sa volonté. Il lui arrivait parfois de se promener, seul, le long des chemins. Un jour, il vit au milieu de la route un animal dont la présence en ces lieux lui sembla saugrenue : une tortue.

L'homme qui était absolument maître de sa volonté n'avait jamais vu de tortue."

L'homme n'aura plus qu'un désir, une obsession : mettre la main sur cette tortue (qui s'est bien vite carapatée dans un trou) pour l'exhiber fièrement devant sa famille.


Pour l' illustration © Irène Bonacina, La Tortue, éditions Chandeigne.

Un conte pimenté et plein d'humour, traduit du portugais, sur la ténacité ou comment poser des limites à l'obstination avant que celle-ci ne se transforme en bêtise. L'absurde prend tout son sens et grossit à mesure que l'histoire avance, que le personnage s'enfonce dans ses certitudes, dans sa démesure et dans la terre... poussé par son seul orgueil.

Le texte savoureux de José de Almada Negreiros (1893-1979) s'illumine des illustrations magnifiques d'Irène Bonacina. Après les Contes du vent d'est (Syros, 2010) et Boucle d'or et les trois ours (Didier jeunesse, 2010), la jeune illustratrice nous ravit une nouvelle fois de son travail tout empli de fraîcheur et de délicatesse. Elle excelle, avouons-le, dans l'illustration de contes tant ses dessins à l'encre et lavis dégagent une puissance onirique et merveilleuse.


Pour les illustrations © Irène Bonacina, La Tortue, éditions Chandeigne.

J'aime beaucoup la manière dont Irène Bonacina a illustré ce conte. Son trait vif et dynamique qui suggère le mouvement, la manière dont elle découpe l'action en plusieurs séquences rendant encore plus interminable et laborieuse l'entreprise démentielle du personnage, la beauté de sa palette brune à mesure que notre homme s'enfonce dans les profondeurs de la terre et son travail sur la lumière et les attitudes, comme toujours.

Cette Tortue est une bien belle réussite éditoriale. Les pages épaisses se tournent avec gourmandise, les illustrations se mêlent toujours très judicieusement au texte, une version originale (en portugais) est illustrée par les recherches graphiques d'Irène Bonacina et des postfaces très intéressantes donnent la parole à l'illustratrice quant à son travail autour de ce texte puis nous éclairent sur l'auteur.

Un petit bijou de bout en bout!

Dès 8 ans.

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