Très très bel album qui séduit à la fois par son texte et par son illustration.
L'histoire, tout d'abord. Celle d'une maison, isolée en plein pays neigeux, dans laquelle on pénètre dès la deuxième page. Une table, une chaise, un poêle sur lequel chauffe le café. Tout est calme, tout est silence.
Pour l'illustration © Betty Bone
Quand soudain la porte s'ouvre, voilà quelqu'un. C'est Ali, le propriétaire des lieux, qui revient avec du bois. Le chat se réveille et se frotte aux jambes de son maître. Nous sommes le lundi 1er mars. Demain, mardi, c'est l'heure.
"L'heure du facteur.Le facteur passe le mardi.Le mardi, toujours à l'heure.A l'heure, pour le courrier d'Ali."
Le mardi, Ali, prépare son courrier. Le courrier qu'il envoie à un jeune garçon qui vit plus loin, à la ville (on le comprend à la fin de l'album). Pour lui, Ali s'applique à réaliser un beau dessin : le dessin de sa maison et des oiseaux multicolores qui la surplombent. Il traverse ensuite le bois qui borde son chalet pour rejoindre, comme chaque mardi, le facteur et sa voiture jaune qui bientôt reprendront leur route.
Pour l'illustration © Betty Bone
Beaucoup de mots pour parler de cet album qui n'en comporte pourtant que très peu. Tout ou presque y est suggéré, tout se comprend et se conçoit aisément. Gaëlle pose les questionnements, moi je veux y voir l'histoire magnifique d'une relation à distance entre un père et son fils, d'une communication par dessins interposés (on peut observer chez Ali un dessin de la ville par Johnny).
Mais cet album nous parle aussi de ces existences isolées dont la vie est rythmée par la présence fugace mais ponctuelle du facteur. Pas de tristesse dans cet album, de l'attachement et de l'humanité plutôt et beaucoup d'émotion. Enfin, moi, il m'a ému, par sa simplicité, par l'amour filial qui s'en dégage (j'insiste), et par sa beauté esthétique.
Car cet album est beau : par son trait simple et gracile, par ses lumineuses couleurs franches qui contrastent avec un noir structurant. Ces couleurs, signes de vie, sont là pour dépeindre le feu qui chauffe, la présence fidèle du chat et des oiseaux, des crayons qui dessinent, de la chemise flamboyante d'Ali ou encore du facteur, véritable "passeur". La composition est parfaitement maîtrisée et fait progressivement (par plans de plus en plus proches) pénétrer le lecteur. Elle créé du sens aussi en faisant voyager les deux oiseaux colorés qui suivent en parallèle le courrier et se retrouvent chez le jeune garçon.
Betty Bone signe ici un travail parfaitement abouti sur lequel il y aurait encore beaucoup à dire.
Une réussite donc en tous points et pour moi, l'un des plus beaux albums de la rentrée.
A partir de 5 ans.



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