POE Edgar Allan (ill. Benjamin Lacombe), Les Contes macabres
, collection "Métamorphose", Soleil, décembre 2009.
Traduction de Charles Baudelaire.
Les contes macabres d'Edgar Poe sont succulents. Ils se dégustent un à un avec un soupçon d'effroi juste nécessaire. Chaque texte (il y en a 7 au total) nous entraîne dans des atmosphères lugubres ou étranges et nous tient en haleine du début à la fin grâce à des tensions narratives ménagées avec soin. Mais ces contes nous transportent aussi dans une langue que nous n'avons plus l'habitude ni d'entendre ni de lire, celle de Charles Baudelaire dont la traduction est précise, riche et volubile (dans le sens positif du terme).
Les contes macabres d'Edgar Poe sont succulents. Ils se dégustent un à un avec un soupçon d'effroi juste nécessaire. Chaque texte (il y en a 7 au total) nous entraîne dans des atmosphères lugubres ou étranges et nous tient en haleine du début à la fin grâce à des tensions narratives ménagées avec soin. Mais ces contes nous transportent aussi dans une langue que nous n'avons plus l'habitude ni d'entendre ni de lire, celle de Charles Baudelaire dont la traduction est précise, riche et volubile (dans le sens positif du terme).
Les textes d'Edgar Poe nous plongent dans des consciences
tourmentées (celles des narrateurs) et
mettent en lumière la folie d' hommes possédés ou contrôlés par des
névroses et maladies mentales. L'auteur philosophe aussi, réfléchissant sur
l'Homme, le Bien/le Mal et le Destin.
Cette réédition des contes macabres de Poe ne serait sans
doute qu'une réédition parmi d'autres si elle n'était accompagnée des
illustrations de Benjamin Lacombe. Le
travail de l'artiste autour de ces textes est si inspiré, si parfait, qu'il me
semblait comme une évidence que cette commande lui ait été confiée à lui. Les
univers de Poe et de Lacombe se répondent au plus haut moins, se correspondent
avec une telle justesse que l'ensemble nous laisse tout ému.
Cet ouvrage bouleverse en effet par sa beauté. Une beauté
due tout d'abord à une mise en forme éditoriale maîtrisée et soignée : une couverture en léger relief, des pages
épaisses au pelliculage séduisant, des alternances de fonds blancs et noirs pour
recueillir les textes, des lettrines et autres
décors ornementaux qui rappellent les anciens livres de contes, un petit
marque page en tissu rouge ainsi que des annexes sur la vie et l'oeuvre des
trois artistes au coeur de cet ouvrage -Poe, Baudelaire et Lacombe... Tout y
est.
Une émotion due ensuite à la beauté même des illustrations
de Benjamin Lacombe qui fait ici exploser son talent et dont on retrouve la
palette de la Généalogie d'une sorcière qui m'avait tant plu. Le trait est fin et précis, le rouge est
sanglant, le noir terrifiant, le blanc cadavérique. Ses portraits inspirés de
photos d'époque sont surprenants, son dessin de veuve au chapelet en couverture
laisse de marbre, et ses portraits dessinés -à la limite de la
caricature- de Poe et Baudelaire ainsi que son autoportrait dans les dernières
pages nous inspirent même un léger sourire tant on ne les attendait pas. Quand
François Roca maîtrise l'art de la mise en scène en peinture, Benjamin Lacombe
excelle dans celui du portrait et du détail. Nous avons affaire là -mais nous
le savions déjà- à un artiste hors pair qui grandit au fur et à mesure de ses
albums.

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