Il doit aller à la piscine, son kiné le lui rappelle à
chaque visite, c'est le seul moyen de soigner sa scoliose. Il y va mais à
contrecoeur car franchement la piscine c'est pas son truc : les yeux qui
piquent, l'eau qui rentre dans le nez... Il est mal à l'aise dans cet
univers aquatique et dans cette pratique qu'il ne maîtrise pas mais il y va,
car il faut y aller.
Elle est belle, possède une silhouette parfaite de nageuse,
une technique de nage totalement aboutie et vient elle aussi tous les mercredis
à la piscine.
Il est saisi. Saisi à la seule vue de cette femme qui est
ici comme un poisson dans l'eau, pour qui la nage paraît innée et dont les
mouvements de va et vient dans le bassin sont d' une grâce exceptionnelle.
La rencontre se fait mais peu de mots dans cette relation.
Plutôt des regards, des sourires, des gestes d'apprentissage... Des
retrouvailles hebdomadaires, dans l'eau, qui lui donnent le "goût du
chlore", le font revenir chaque mercredi.
Mais bientôt l'angoisse de l'attente, de longs regards vers
la rambarde pour guetter son arrivée...
Pourquoi n'est-elle pas déjà là? Pourquoi n'arrive-t-elle pas? Pourquoi
n'est-elle pas venue? Son attachement à elle est né. Il va falloir qu'il s'y
fasse, ce n'est pas seulement au chlore qu' il a pris goût.
L'histoire touche par sa sensibilité, transcrite dans une
économie de mots tout à fait judicieuse. La priorité est donnée à la structure
du scénario (on voit par exemple progressivement le protagoniste se détendre
dans l'eau et accomplir les gestes de nage plus naturellement) et à son
traitement graphique assez particulier. Le fond bleu est omniprésent et crée un espace rassurant dans lequel
le lecteur se plonge et se sent bien ; les gestes de nage sont ralentis et
décrits avec précision sur plusieurs vignettes ; les traitements graphiques
sont différents en fonction de ce qui est vu en surface et sous l'eau et
l'auteur s'amuse aussi à diversifier les points de vue (vue en plongée sur le
bassin ou en contre plongée sur le plafond strié de la piscine).
Un très beau travail de
création donc, bien mené et à la facture saisissante. Une réussite totale très
justement récompensée à Angoulême.


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