jeudi 19 février 2015

Du sentiment


Dans ce premier roman, Madeline Roth dit la force du sentiment, du premier amour véritable, celui auquel on veut tout donner, celui qu'on veut porter jusque dans son corps. Elle dit la colère et la peine quand Jeanne comprend que son amour n'est pas complètement partagé, elle dit combien l'amour doit se dire autant qu'il se vit, combien chaque amour passé reste ancré en nous pour toujours et combien les épreuves font grandir.

Ecrit sous la forme du monologue intérieur, le récit de Jeanne touche par sa justesse et sa sincérité. Les mots sortent fièvreusement, mêlent l'avant, le pendant, l'après. Il y a du bouillonnement dans tout ça, de l'émotion qui jaillit par à-coups mais aussi de la prise de conscience et du recul sur les sentiments. Et j'aime beaucoup chez Jeanne cette forme d'intelligence et de maturité qui se mêle à l'émotivité.
"Je suis là, sous l'arbre, et je comprends que ça change beaucoup de choses, ce petit truc de rien du tout de merde de rien du tout. Ca change tout".
Un court roman beau et subtil sur le sentiment amoureux (qui échappe fort heureusement à tout mélo!), à proposer aux adolescents dès 15 ans.

Madeline Roth, A ma source gardée, Thierry Magnier, février 2015.

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C'est une histoire d'amours : celle d'un amour conventionnel à offrir au monde, d'un amour impossible qu'il faut cacher, d'un amour maternel instinctif, d'un autre qui se construit dans le temps. Autant d'amours et de liens, et un cercle restreint de figures qui s'entrecroisent dans ce huis clos provincial du début du vingtième siècle dans lequel l'ordre établi va secrètement voler en éclats. 

Mais ce roman, c'est aussi une histoire de chairs, une histoire de corps qui, en s'épanouissant, éveillent les sens, libèrent des êtres et révèlent des féminités à elles-mêmes. Et cela quelque soit leur condition. Ce roman, c'est en fait l'histoire de plusieurs naissances aux prises avec un cadre donné (1908, dans une maison bourgeoise du Cher) qui ne cherche qu'à les déterminer.
"Céleste, plongée dans une multitude d'émotions inconnues jusque-là, réalise qu'elle a un corps. Cette découverte est purement sensorielle. Aucune idée, aucun concept de cela. Juste une certitude : ce corps est là, il embrasse la vie, la donne, l'insuffle. Il est d'une puissance vertigineuse. Ce corps toujours nié, uniquement utilisé pour les corvées de la vie courante -souvent celles des autres-, prend une dimension nouvelle. Céleste, maintenant, peut. Son éducation, sa condition feront qu'elle n'ira pas jusqu'à vouloir. Mais cette force prodigieuse repousse d'infranchissables limites, comme celle d'aller, sans trembler, chercher l'enfant dans la chambre de madame, pour qu'il passe la nuit près d'elle".
L'écriture de Léonor de Récondo est belle et assurée, se faisant charnelle et sensuelle quand l'histoire le réclame. L'auteure conduit avec une grande maîtrise son récit et sa réflexion autour du corps  (déjà présente dans Pietra Viva) et livre un beau et grand roman, assurément.

Léonor de Récondo, Amours, Sabine Wespieser, janvier 2015.

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2 commentaires:

  1. Quelle belle thématique ! Je note les deux titres.

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  2. Chouette, des idées pour ne pas se retrouver à cours de livres sur la pile de la table de chevet !

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