DE LA VIE :
« Cette accession au savoir s'accompagne d'une séparation. Au fond, je ne m'y résous pas, à cette séparation, c'est peut-être pour ça que j'écris. Je crois qu'elle est inscrite dans mon corps, cette séparation. Cette séparation du monde. Quand je dis dans mon corps, je veux dire des gestes que j'ai conservés par-delà mon acculturation, par-delà l'acquisition d'une "discrétion" corporelle »
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« L'art nous dit quelque chose même là où nous pensons qu'il ne nous le dit pas. C'est sa force, la force de la littérature, du cinéma, de la peinture. La musique, c'est plus compliqué mais réel aussi. Il faudrait, si on veut savoir qui on est, de quoi on est héritier, rassembler les pièces du musée intérieur qui nous constitue. Je ne crois pas qu'il existe des êtres qui ne soient, n'aient été, touchés par rien. Non, je ne le crois pas. »
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« Beaucoup plus tard, la sociologie m'apprendra que ma situation est celle des "transfuges de classe". »
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« Il y a une homologie entre la séparation du monde social et celle qui a traversé mon existence, une forme de coïncidence qui fait qu'écrire pour moi ce n'est pas m'intéresser à ma vie mais saisir les mécanismes de cette séparation. »
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DE LA MEMOIRE
« Tout se passe dans ma mémoire, une mémoire charnelle. Pas la mémoire des émissions de télévision qui vous disent en telle année il se passait ci et ça, cette mémoire apprise qui ne se distingue pas de l'Histoire, non, une mémoire entièrement sensible. »
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DE L'ECRITURE
« Ecrire à travers, évidemment, ce que j'avais traversé moi-même mais d'une manière distanciée et sur fond d'évolution du monde. Mêler ma mémoire et des mémoires. »
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« Ecrire, ce n'est pas laisser sa trace en tant que nom, en tant que personne. C'est laisser la trace d'un regard, d'un regard sur le monde. »
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« C'est quoi, le style? C'est un accord entre sa voix à soi la plus profonde, indicible, et la langue, les ressources de la langue. C'est réussir à introduire dans la langue cette voix, faite de son enfance, de son histoire. »
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Ecrire « c'est descendre dans la réalité sociale, la réalité des femmes, la réalité de l'Histoire, de ce que nous avons vécu de façon collective mais au travers de ce que j'ai vécu personnellement. Il y a dans le vécu quelque chose d'immense, qui demande à être questionné sans cesse. On peut vivre pour vivre, en voulant, en tâchant d'être heureux. Mais il y a des gens pour qui ce qu'ils vivent, ou ce qu'ils ont vécu, ce qu'ils voient, ce qu'ils entendent, reste toujours une question. Rien ne va de soi. Et il faut essayer de comprendre, de connaître ce qui, en somme, vous est donné par l'expérience. C'est cela l'écriture qui vise à la connaissance, qui exsude la connaissance du vécu et du réel. »
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« L'écriture n'est pas pour moi une confession, ça n'a rien à voir avec la confession. Ni confession, ni contrition, non, mais élaboration, construction. »
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« Je ne suis pas une femme qui écrit, je suis quelqu'un qui écrit. »
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« Ecrire, ce n'est pas laisser sa trace en tant que nom, en tant que personne. C'est laisser la trace d'un regard, d'un regard sur le monde » *soupirs d'admiration*
RépondreSupprimer« C'est quoi, le style? C'est un accord
RépondreSupprimerentre sa voix à soi la plus profonde, indicible, et la langue, les
ressources de la langue. C'est réussir à introduire dans la langue cette
voix, faite de son enfance, de son histoire. »
« L'écriture n'est pas pour moi une
confession, ça n'a rien à voir avec la confession. Ni confession, ni
contrition, non, mais élaboration, construction. »
*Cris d'enthousiasme* :)
Annie Ernaux ou l'art de mettre des mots sur des sujets qui nous touchent...
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