jeudi 20 mars 2014

La tendresse des pierres

Je découvre depuis peu l'univers de Marion Fayolle. Son dessin soigné et minutieux et ses tout petits traits caractéristiques qui confèrent une vraie élégance à ses figures et décors. Une technique au trait délicate et presque fragile pour exprimer avec une puissance rare la force des idées. Et je crois que c'est justement ce qui me plaît chez Marion Fayolle. Ce traitement presque "naïf" (au sens artistique du terme) de l'image mêlé à sa très grande maîtrise d'un langage poétique et onirique (nourri de symboles) pour traiter les sujets qu'elle est amenée à illustrer. 


Intriguée par ce titre et par ce que j'avais pu entendre ou lire autour de cet ouvrage, j'ai lu (puis relu) La tendresse des pierres. Un livre magnifique et incroyablement abouti aux images chargées d'une très grande force émotionnelle. Un objet-livre atypique, brillamment pensé et joliment façonné.

Pour l'illustration © Marion Fayolle

Parallèlement à ma recherche de mots pour faire part de cette lecture, je suis tombée sur ce texte rédigé par l'auteure elle-même et c'est peut-être plus pertinent, en fait, de laisser Marion Fayolle parler elle-même de ce livre très personnel.
"Ce projet représente plus de deux années de travail et prend pour point de départ l'envie de raconter la maladie de mon père, ses conséquences et ses transformations. Comment tout reconstruire autour d'un homme mutilé par les opérations et devenu dépendant ? Cette épreuve ne doit-elle finalement pas être plutôt envisagée comme une aubaine de pouvoir faire une nouvelle rencontre avec cet homme au caractère dur ?  
Le récit aborde le thème de façon surréaliste. Le père n'est pas malade mais subit des transformations. On ne parle pas de trachéotomie ou de respirateur artificiel mais d'un nez porté comme une parure et d'un poumon à roulettes qu'il doit tirer derrière lui comme une valise. 
Le livre est composé d'une succession d'allégories et le texte est comme un fil de couture qui vient créer un lien entre les différents chapitres, les différentes ambiances et mises en scène. En effet, ce qui est étonnant c'est que le personnage du père est changeant, il bouge au gré des métaphores. C'est pas parce qu'on lui a retiré sa bouche dans un chapitre, qu'il n'aura plus de bouche dans la suite du livre. Ainsi, il est une fois géant, une fois sans visage, une fois enfant, une fois rocher, une fois immense silhouette noire. Sa représentation s'adapte à ce que dit le texte et fait de lui un personnage mouvant, insaisissable, sans cesse refaçonné. 
J'essaie de le comprendre et de l'analyser. Je réfléchis à voix haute à toute une série d'hypothèses emmenant le lecteur avec moi dans différents voyages poétiques et mettant en évidence toute la richesse et la complexité de son caractère. Est-ce un enfant fragile ou un homme aussi râpeux qu'un rocher ? Est- ce une personne faible qui attend la mort ou un roi tyrannique, incapable d'éprouver un peu de reconnaissance ? 
J'ai souvent envie d'employer le terme de "spectacle littéraire" pour parler de ce livre. Car, au commencement, il ne s'agissait que d'un texte et d'un travail d'écriture sur plusieurs périodes. Ensuite, sont venues les images. Je ne voulais pas "illustrer" mais "mettre en scène". C'est quelque chose de fondamental pour moi. Mes personnages, je les imagine, toujours, être des acteurs, des danseurs. On les voit de loin comme au théâtre, ils sont toujours pieds nus comme lors d'une répétition. J'attache beaucoup d'importance à leur gestuelle, à leur déplacement. Pour moi, les hommes en blanc ne sont pas seulement des médecins mais aussi un groupe de danseurs aux actions souvent synchronisées. Dans chaque chapitre, j'invente un décor et une logique. Ensuite, je fais entrer les acteurs et je joue avec eux." 
 Marion Fayolle [Source]
 Pour l'illustration © Marion Fayolle

Marion Fayolle, La tendresse des pierres, Magnani, octobre 2013.

Pour aller plus loin : 
- la notice des éditions Magnani.
- une vidéo de 28 min autour de la création du livre.
- de belles critiques :, et là.


Comme beaucoup d'autres (très beaux) artistes, Marion Fayolle a participé à cet incroyable projet autour du magazine imaginaire The Parisianer. Voici son dessin  :

© Marion Fayolle

Elle travaille aussi pour la presse (New York Times, Télérama, Psychologies magazine...) et la publicité comme en témoigne par exemple cette si jolie campagne pour Cotélac.

© Marion Fayolle

Et tout ça, à moins de 26 ans! Voilà...

Pour suivre son joli travail : son blog.

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