dimanche 4 août 2013

Falaises - Morceaux choisis

"Antoine et mon père ne sont pas revenus. L'enterrement s'est déroulé sans eux. Moi seul j'ai vu la boîte disparaître dans ce trou macabre, moi seul j'ai contemplé l'indifférence de mes oncles, de mes tantes, de mes cousins, moi seul j'ai vu la rose se poser sur le bois, les premières pelletées de terre le couvrir peu à peu, moi seul je me suis vu vomir contre un arbre, sans hoquet sans larmes et sans cri, comme on se vide infiniment, comme la vie vous quitte, vous abandonne, et vous propulse pour toujours dans un hiver sans fin".
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"Je suis une nuit noire, une bordure de falaise, une vie noyée, avec vue sur le vide et sans vertige".
"Quelqu'un me regarde, il y a quelqu'un dans mon dos, je me retourne et il n'y a personne, juste le voile que laisse une absence, une ombre qui se retire. Comme le creux que fait ma mère dans mon ventre, comme celui que fait mon enfance. Une empreinte, un fossé, à peine plus, à peine de quoi croire qu'il y eut quelque chose plutôt que rien".
"Je ne peux que constater que ni l'une ni l'autre ne tenaient à moi, quand moi j'aurais passé ma vie à tenir aux autres, à m'y accrocher même quand ils n'auront été que des planches savonneuses, des équipiers douteux, des comparses peu fiables, incertains. Et si la vie n'est rien d'autre que ce fil ténu qui nous rattache les uns aux autres, le mien était définitivement déficient, fragile et glissant, comme rongé par le sel".


Olivier Adam, Falaises, Editions de L'Olivier, 2005.


Rarement j'ai goûté aussi intensément un texte.

3 commentaires:

  1. Désolée, Bauchette ... mais alors moi je n'avais pas aimé du tout ... Trop narcissique à mon goût, je crois.

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  2. Un auteur que j'apprécie énormément, ce titre là est dans ma PAL, sa noirceur me fait un peu peur...

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