samedi 8 décembre 2012

L'aventure commence au fond du jardin

Kitty Crowther et son petit lutin étaient partout à Montreuil.


Bien en vu sur le stand de l'Ecole des Loisirs. A l'entrée de l'exposition 28°W où plusieurs originaux donnaient à voir la pâte de l'artiste. Dans les salles de conférence où Kitty Crowther parlait de son travail. Dans les allées où elle dédicaçait généreusement.

C'est que ce Lutin veille est un peu exceptionnel...


Sur une vieille ferme en plein coeur de la forêt veille un petit lutin, un vieux petit lutin avec un grand bonnet rouge et une longue barbe blanche. Chaque nuit, il va et vient entre l'étable, l'écurie et la maison. Il veille sur les vaches, sur le cheval, sur les moutons, sur les poules, sur le chien. Il avance à petits pas feutrés et parle une langue silencieuse que seuls les animaux peuvent comprendre. Les humains ne le voient pas mais découvrent au matin ses petits pas laissés dans la neige.

Il en a vu passer des hivers ce lutin là. Mais inlassablement, et avec toujours la même attention, il reproduit chaque nuit les mêmes gestes bienveillants, promet le printemps et l'été, l'enclos verdoyant et le pré de trèfle à ces animaux qui ont froid.

Offert à Kitty Crowther suite au Prix Astrid Lindgren Memorial Award qui lui a été décerné pour l'ensemble de son oeuvre en 2010, ce texte d'Astrid Lindgren est inspiré d'un poème de Noël de Viktor Rydberg (Suède, 1828 - 1895). Ce personnage qui veille sur les maisonnées fait directement référence aux Tomte célèbres dans les pays du nord. Mais sous le merveilleux de ce texte se cache il me semble une sincère foi en l'humanité. Ce petit personnage décrit par Astrid Lindgren est bien trop sensible et attachant pour n'être qu'une légende, non?


Kitty Crowther apporte une poésie supplémentaire à ce texte déjà incroyable. Quelle lumière, quelle grâce, quelle tendresse dans ses illustrations! Ce travail tout nouveau à l'encre réhaussée de peinture est de toute beauté. Et puis ce ton bleu-gris ou vert sapin, je ne sais trop comment l'appeler, me fascine littéralement. Elle est élégante cette couleur d'hiver, mouvante en fonction de la lumière. Associée au blanc neigeux, elle forme un contraste vif qui apporte une intensité incroyable aux images et crée une belle unité.


Portée sans doute par la tendresse du texte d'Astrid Lindgren, Kitty Crowther fait preuve d'une douceur incroyable dans son illustration. La lumière qui fonctionne en faisceau (grâce à la petite lanterne que se trimballe notre petit lutin) nous rend ces univers particulièrement intimes. Il fait nuit, il fait froid mais une chaleur incroyable se dégage de toutes les images, de la présence de ce petit personnage qui prend soin des uns et des autres. Cette tendresse naît aussi de ses gestes et de ses attitudes : ses mains sur la truffe du chien, ses caresses données au chat, cette poule sur ses genoux, son petit sourire sous sa barbe, ses petits pas dans la neige. De ses paroles aussi, douces et rassurantes, qui fonctionnent comme des ritournelles.

"J'ai vu les hivers venir et s'en aller,
J'ai vu les étés venir et s'en aller,
Et bientôt les hirondelles seront là, songe le lutin"


Pour les illustrations © Kitty Crowther

Apaisant et bienveillant, cet album, à l'image de son petit héros, réchauffe. C'est une délicate histoire d'hiver à partager en famille, auprès d'un feu de cheminée pourquoi pas, avec les enfants dès 5 ans.

LINDGREN Astrid / CROWTHER Kitty, Lutin veille, Pastel, novembre 2012.

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Mirontaine, ce billet est pour toi.

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