mardi 20 novembre 2012

Mette et les cygnes sauvages

BLOCH Muriel / DUFOUR Sandra, Mette et les cygnes sauvages, Thierry Magnier, octobre 2012.


Mette et les cygnes sauvages est l'un des plus beaux livres que j'ai été amenée à toucher ces dernières semaines. On y retrouve le talent de Muriel Bloch (qui est bien l'une des rares conteuses à me réconcilier avec ce genre littéraire), on y découvre celui de Sandra Dufour, étonnant et fascinant.


Muriel Bloch s'inspire ici librement du conte d'Andersen Les cygnes sauvages qui a marqué son enfance, un conte qui apparaît aussi chez Grimm et dont Elsa Oriol proposait une version dans Les Six Frères cygnes.

L'Elisa d'Andersen prend le charmant prénom "Mette" sous la plume de Muriel Bloch comme un écho à ce silence qui s'impose à la jeune soeur comme condition pour libérer ses frères du sortilège qui les transforme chaque jour en cygnes.

"C'est arrivé au loin mais qui l'eût cru ?

Longtemps une jeune fille garda la bouche cousue

Ses frères, changés en oiseaux, ont attendu, attendu

Mais jamais le fil emmêlé de ce conte-là ne s'est perdu..."

La conteuse inscrit ce conte dans un cadre nouveau. Nul roi, nulle reine ici. Pas de princes et de princesse non plus. Mais un père marchand ambulant, une jeune employée devenue marâtre, des frères cordonniers transformés en cygnes et une jeune soeur couturière pour les sauver. Et la ville, le fleuve, la place du marché, la foule en échange du cadre calme et champêtre si généreusement décrit par Andersen (cf traduction de P. G. La Chesnais, Mercure de France, 1987). Muriel Bloch offre une version moderne et lumineuse de ce conte aujourd'hui un peu oublié.


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"L'occasion m'est donnée ici, grâce au travail de Sandra Dufour, de dérouler, à ma façon, le fil de la narration, brodant d'autres motifs dans l'étoffe de ce conte, ourlant à ma guise certaines séquences..."
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La métaphore est tissée. Texte et images fonctionnent dans une harmonie de forme et de sens et s'équilibrent parfaitement.


Formée à l'Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg puis au National College of Art and Design de Dublin, Sandra Dufour illustre pour l'édition et la presse (Psychologies Magazine, notamment).

Son travail minutieux est d'une qualité rare et étonnante. Rarement on a pu voir en jeunesse la matière textile aussi intensément et brillamment exploitée dans une production plastique (il faut se souvenir néanmoins du Grand Amour de Polina Petrouchina Gala Marina paru aux éditions Helium en 2010). La technique de Sandra Dufour mêle broderie, dentelle, appliqués, coutures à la main et coutures à la machine. L'artiste joue sur les motifs des tissus, sur leur préciosité, sur leur matière, sur leur transparence. Son fil devient un moyen d'expression à part entière avec ses pleins et ses déliés et elle l'utilise comme le trait d'un crayon sur une feuille de papier avec toute la dextérité et la patience que la couture et la broderie imposent.


Il y une délicatesse infinie dans ces planches et à la fois une force émotionnelle, du drame, de l'orage, une vraie puissance des images. Le travail sur le cadre, sur la mise en scène et la mise en page confèrent à ces planches textiles une dimension supplémentaire. Comme autant de tableaux qui fonctionnent aussi séparément et qu'on aimerait posséder.


Pour toutes les illustrations © Sandra Dufour

Avec cet album, il me semble qu'on frôle, qu'on touche même une certaine idée que je me fais de la perfection éditoriale.

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