BLOCH Muriel / DUFOUR Sandra, Mette et les cygnes sauvages,
Thierry Magnier, octobre 2012.
Mette et les cygnes sauvages est l'un des plus beaux livres
que j'ai été amenée à toucher ces dernières semaines. On y retrouve le talent
de Muriel Bloch (qui est bien l'une des rares conteuses à me réconcilier avec
ce genre littéraire), on y découvre celui de Sandra Dufour, étonnant et
fascinant.
Muriel Bloch s'inspire ici librement du conte d'Andersen Les
cygnes sauvages qui a marqué son enfance, un conte qui apparaît aussi chez
Grimm et dont Elsa Oriol proposait une version dans Les Six Frères cygnes.
L'Elisa d'Andersen prend le charmant prénom
"Mette" sous la plume de Muriel Bloch comme un écho à ce silence qui
s'impose à la jeune soeur comme condition pour libérer ses frères du sortilège
qui les transforme chaque jour en cygnes.
"C'est arrivé au
loin mais qui l'eût cru ?
Longtemps une jeune
fille garda la bouche cousue
Ses frères, changés
en oiseaux, ont attendu, attendu
Mais jamais le fil
emmêlé de ce conte-là ne s'est perdu..."
La conteuse inscrit ce conte dans un cadre nouveau. Nul roi,
nulle reine ici. Pas de princes et de princesse non plus. Mais un père marchand
ambulant, une jeune employée devenue marâtre, des frères cordonniers
transformés en cygnes et une jeune soeur couturière pour les sauver. Et la
ville, le fleuve, la place du marché, la foule en échange du cadre calme et
champêtre si généreusement décrit par Andersen (cf traduction de P. G. La Chesnais,
Mercure de France, 1987). Muriel Bloch offre une version moderne et lumineuse
de ce conte aujourd'hui un peu oublié.
*
"L'occasion
m'est donnée ici, grâce au travail de Sandra Dufour, de dérouler, à ma façon,
le fil de la narration, brodant d'autres motifs dans l'étoffe de ce conte,
ourlant à ma guise certaines séquences..."
*
La métaphore est tissée. Texte et images fonctionnent dans
une harmonie de forme et de sens et s'équilibrent parfaitement.
Formée à l'Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg puis au
National College of Art and Design de Dublin, Sandra Dufour illustre pour
l'édition et la presse (Psychologies Magazine, notamment).
Son travail minutieux est d'une qualité rare et étonnante.
Rarement on a pu voir en jeunesse la matière textile aussi intensément et
brillamment exploitée dans une production plastique (il faut se souvenir
néanmoins du Grand Amour de Polina Petrouchina Gala Marina paru aux éditions
Helium en 2010). La technique de Sandra Dufour mêle broderie, dentelle,
appliqués, coutures à la main et coutures à la machine. L'artiste joue sur les
motifs des tissus, sur leur préciosité, sur leur matière, sur leur
transparence. Son fil devient un moyen d'expression à part entière avec ses
pleins et ses déliés et elle l'utilise comme le trait d'un crayon sur une
feuille de papier avec toute la dextérité et la patience que la couture et la
broderie imposent.
Il y une délicatesse infinie dans ces planches et à la fois
une force émotionnelle, du drame, de l'orage, une vraie puissance des images. Le
travail sur le cadre, sur la mise en scène et la mise en page confèrent à ces
planches textiles une dimension supplémentaire. Comme autant de tableaux qui
fonctionnent aussi séparément et qu'on aimerait posséder.
Pour toutes les
illustrations © Sandra Dufour
Avec cet album, il me semble qu'on frôle, qu'on touche même
une certaine idée que je me fais de la perfection éditoriale.








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