SUEL Lucien, La patience de Mauricette, Folio, Gallimard, juin 2011. (Première édition : Table ronde, 2009).
Mauricette Beaussart,
soixante-quinze ans, a disparu de l'hôpital où l'on soigne sa santé mentale.
Son ami Christophe Morel entreprend de la retrouver. Au fil de sa quête, le
passé et le présent de Mauricette s'entrecroisent, tissant peu à peu le
portrait d'une femme riche de ses grandes souffrances et de ses petits
bonheurs.
(Quatrième de
couverture)
La patience de Mauricette est un roman singulier qui ne
pouvait que me toucher. Situé dans le nord de la France, dans ce Nord-Pas de
Calais où j'ai vécu quelques années, je retrouve avec bonheur des mots comme
"Wassingue" qui me plaisaient tant. Et les souffrances enfouies, venues du passé, qui fragilisent
l'adulte, le sensibilisent au plus haut point ; l'univers psychiatrique, les
maisons de repos, les thérapies sont autant de thèmes qui m'intéressent.
J'ai aimé l'histoire de cette Mauricette, son parcours, ses
failles qui surgissent au fil de la lecture (grâce à un principe narratif de
va-et-vient entre passé et présent).
J'ai aimé sa force de vie, aussi, sa volonté de s'en sortir,
de guérir de sa "maladie", maux intérieurs qu'il faut cicatriser.
J'ai aimé enfin les deux amis autour d'elle (Alfonsina et
Christophe). Présences fidèles et intelligentes.
"Dès le début de
leur rencontre, Christophe avait senti la présence d'une énigme, une fissure
cachée derrière les sourires. Quand il se trouvait avec elle, qu'ils
bavardaient, il avait l'intuition d'une parenté, lui qui n'avait ni frère, ni
soeur et dont les relations avec père et mère étaient simplement respectueuses.
Oui, ils avaient des choses à découvrir, à aimer ou à détester ensemble.
Cela avait commencé
par l'amour de la littérature, et plus précisément du coeur de la littérature,
la poésie. Une poésie nullement livresque, mais vécue minute par minute, poésie
du battement de coeur, du souffle, des éléments, poésie nouée à l'être et qui
pouvait se confondre avec une forme de folie".
Je découvre avec ce roman l'écriture maîtrisée de Lucien
Suel qui campe son histoire à la manière d'un Zola mais -en laissant parler (ou
plutôt écrire) Mauricette- rend un hommage précieux à ces écritures de la
"folie", parfois déroutantes car décousues et syntaxiquement
torturées mais qui délivrent un message au plus près du mental ou du délire
intérieur.
Ce roman intime je l'ai à la fois dévoré et dégusté.
Un grand merci, Marie, pour ce si joli cadeau de lecture.
J'espère que tu l'aimeras autant que je l'aime.

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