POUCHAIN Martine, La Ballade de Sean Hopper, coll.
"Exprim", Sarbacane, octobre 2010.
Sean Hopper est un écorché vif, un homme brutal, le tueur à
l'abattoir. Il boit trop, il roule vite, il déteste par-dessus tout les
enfants, inspire la crainte partout où
il passe. De son passé on ne sait rien.
Marginalisé dans cette petite ville de Springfield où l'on est très rapide à
porter un jugement sur les gens, il mène une vie morose. Tout lui échappe. Même
Bonnie, la douceur incarnée, qui était pourtant parvenue à s'attacher à lui et
à partager sa vie. Alors quand Bonnie s'en va, tout dérape et un grave accident
qui aurait pu mettre fin à la vie de cet
homme, lui donne au final un nouveau souffle, étonnant.
La Ballade de Sean Hopper est racontée à hauteur d'enfant, avec les
maladresses de style d'un enfant qui raconte ce qu'il a vu, ce qu'il sait.
C'est Bud, le petit voisin, qui raconte. Du haut de son châtaigner, c'est le
témoin silencieux et attentif d'une existence qui fait du mal, se fait du mal
mais évolue, même si personne ne semble s'en apercevoir.
Martine Pouchain veut donner sa chance à Sean Hopper, veut
croire que cet homme-là aussi a droit à la rédemption. Elle le fait évoluer, le
retient ici-bas, lui insuffle de la vie. Et c'est peut-être la force de ce
message qui m'a tant plu dans ce roman, cette foi en la vie, en l'humain car on
le sent tout du long : Sean Hopper a besoin de cet enfant, Bud, qui l'observe
sans se montrer et Bud a besoin de Sean Hopper, de cet adulte, de ce référent.
Car si c'est l'histoire de Sean Hopper que nous raconte Martine Pouchain,
l'auteure parvient aussi avec subtilité à évoquer la vie de cet enfant meurtri
par une mère absente, abandonné à une
grand-mère malade qui ne parvient plus à subvenir à ses besoins.
Comme Gaëlle, je
trouve qu'il y a quelque chose des Larmes de l'assassin (de Bondoux) dans ce
roman, dans ce rapport de l'homme à l'enfant, dans cet attachement porté aux
existences marginales.
Martine Pouchain signe là un roman exceptionnel, disons-le.
Dévoré en une journée, j'éprouve déjà presque l'envie de relire ce texte tant
malgré sa dureté, il fait du bien, il
rassure sur la nature humaine.
Dès 14 ans.

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