jeudi 14 octobre 2010

La ballade de Sean Hopper


POUCHAIN Martine, La Ballade de Sean Hopper, coll. "Exprim", Sarbacane, octobre 2010. 

Sean Hopper est un écorché vif, un homme brutal, le tueur à l'abattoir. Il boit trop, il roule vite, il déteste par-dessus tout les enfants,  inspire la crainte partout où il passe.  De son passé on ne sait rien. Marginalisé dans cette petite ville de Springfield où l'on est très rapide à porter un jugement sur les gens, il mène une vie morose. Tout lui échappe. Même Bonnie, la douceur incarnée, qui était pourtant parvenue à s'attacher à lui et à partager sa vie. Alors quand Bonnie s'en va, tout dérape et un grave accident qui aurait pu mettre fin à  la vie de cet homme, lui donne au final un nouveau souffle, étonnant.

La Ballade de Sean Hopper est racontée à hauteur d'enfant, avec les maladresses de style d'un enfant qui raconte ce qu'il a vu, ce qu'il sait. C'est Bud, le petit voisin, qui raconte. Du haut de son châtaigner, c'est le témoin silencieux et attentif d'une existence qui fait du mal, se fait du mal mais évolue, même si personne ne semble s'en apercevoir.

Martine Pouchain veut donner sa chance à Sean Hopper, veut croire que cet homme-là aussi a droit à la rédemption. Elle le fait évoluer, le retient ici-bas, lui insuffle de la vie. Et c'est peut-être la force de ce message qui m'a tant plu dans ce roman, cette foi en la vie, en l'humain car on le sent tout du long : Sean Hopper a besoin de cet enfant, Bud, qui l'observe sans se montrer et Bud a besoin de Sean Hopper, de cet adulte, de ce référent. Car si c'est l'histoire de Sean Hopper que nous raconte Martine Pouchain, l'auteure parvient aussi avec subtilité à évoquer la vie de cet enfant meurtri par une mère absente,  abandonné à une grand-mère malade qui ne parvient plus à subvenir à ses besoins.

Comme Gaëlle,  je trouve qu'il y a quelque chose des Larmes de l'assassin (de Bondoux) dans ce roman, dans ce rapport de l'homme à l'enfant, dans cet attachement porté aux existences marginales.

Martine Pouchain signe là un roman exceptionnel, disons-le. Dévoré en une journée, j'éprouve déjà presque l'envie de relire ce texte tant malgré sa dureté, il  fait du bien, il rassure sur la nature humaine.

Dès 14 ans.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire